lundi 5 septembre 2016

Les déclarations d'amour à la con, le mysterious brooding dream boy et les relations de couple des millennials


A*****e,
Je t'aime beaucoup.
Je me doute que ça tombe un peu comme un cheveux sur la soupe, ce genre de déclaration qui sort un peu de nul part. Mais j'avais envie de te dire les choses comme je les ressens, pour plusieurs raisons. Premièrement, je crois fermement qu'on devrait toujours dire ce qu'on a sur le cœur, surtout quand c'est agréable, et c'est mon cas, je sais qu'on se connaît finalement assez peu, mais ce que je connais de toi, je l'aime et j'aimerais découvrir plus de choses, j'aimerais savoir si tu préfère le café, le thé ou le chocolat, si avant de t'endormir le soir tu te repasse le film de ta journée ou si tu sombre immédiatement dans le sommeil, j'aimerais savoir qu'est ce que ça fait quand tu es euphorique, impatient, fatigué, piqué au vif, tendre, j'aimerais continuer à parler décroissance, littérature et voyage avec toi et voir où tout ça nous emmène. Deuxièmement je le fais par pur égoïsme, parce que j'en ai marre d'entendre ça tourner à l'intérieur de moi, qu'il faut que ça sorte, qu'il est nécessaire que tu sache. Je fais ça pour moi, pas pour toi, pas pour avoir une réponse, pas pour t'embêter, pour me soulager, parce que je me le dis et que je me suis dit que peut-être tu serais intéressé de savoir. J'ai l'impression de marcher sur des œufs avec toi et en même temps de pouvoir être complètement moi même, c'est étrange n'est ce pas ? Enfin, tu es la plus chouette rencontre que j'ai fait depuis un moment, ta prévenance, ta gentillesse, ta culture, ton intelligence et ta sincérité m'ont touché, elles me plaisent, et je pense qu'on a tous besoin d'être honnêtement complimenté de temps à autre. J'apprécie ces moments qu'on a pu passer ensemble, j'aimerais qu'ils soient plus nombreux, j'aimerais qu'ils soient plus intimes. Je voudrais être plus que ton amie. Dans un de tes messages tu as dis « en ce moment je ne suis pas dans le bon état d'esprit pour te promettre un rdv amoureux » alors j'ai dit ok, mais sache qu'une partie de moi espère toujours et elle peut être très patiente. .Je reste tout à fait saine d'esprit sinon et je me rend compte de l'incongruité que peut avoir cette missive.
Je t'embrasse, joyeuses fêtes.
Mélanie

Et ouais, je commence comme ça, je te mets directement mal à l'aise, j'affiche mon pauvre petit coeur en étendard de cet article. J'avais pas douze ans quand j'ai écris ça, c'était en décembre dernier. C'est con, hein ? c'est le genre de truc qu'on fait quand on est ado, et puis après on apprend, après on sait. Les déclarations d'amour c'est gênant, c'est comme quand ton chat t'apporte le cadavre à moitié mangé d'une souris et le dépose avec soin sur ton oreiller. Tu vois qu'il a fait un effort vraiment, c'est touchant hein, merci le chat, mais qu'est ce que tu veux que je foute de ce truc sanguinolent ?
Les déclarations d'amour souvent ça fait tout foirer, souvent ça fait peur. Toi ton coeur il déborde, il peut plus contenir tous ces sentiments alors tu veux partager, tu veux savoir si le coeur de l'autre déborde aussi en pensant à toi.



Quand j'ai lu Songe à la douceur de Clémentine Beauvais, j'ai vu dans les flashback, le coeur de Tatiana se remplir doucement, accumuler les raisons d'y faire de la place pour Eugène, jusqu'à déborder, jusqu'à vouloir elle aussi partager ses sentiments avec lui. Idée à la con.

Oh la la tout ce que je pourrais te raconter sur ce Songe à la douceur, tu te rends pas compte, comme ce livre ma touché, comme cette histoire m'a parlé, comme si le texte c'était chuchoté à moi.

Il y a tellement de choses à propos de ce texte dont j'ai envie de te parler, mais je vais me contenir un peu, parce que j'ai envie que tu le découvre comme je l'ai fait, que tu sois surpris(e). Que toute les deux pages une phrase te touche en plein coeur, que le crayon levé tu soulignes tes citations préférée, que tu te dises que quand même, il y a des gens qui manient les mots avec de la magie, qui arrivent à prendre des mots normaux, des mots que tu connais, qui sont pas plus époustouflant que ça, et à les transformer pour faire quelque chose d'unique.

C'est pas étonnant - quand on y réfléchit - que ce texte m'ait plu. Il a prit la liste des choses qui me touche et méthodiquement, tranquillement, il les a coché les unes après les autres.

Songe à la douceur
reprend le pitch de Eugène Onéguine de Pouchkine, et s'il y a bien un truc que j'aime par dessus tout, c'est bien la littérature romantique russe. Guerre et Paix, Anna Karénine, La Mouette, moyen sûr et efficace de faire exploser mon pauvre petit coeur.

Kostia et Kitty dans Anna Karénine





Eugène est un mysterious brooding dream boy, un peu le pendant masculin de la manic pixie dream girl. Oui, Eugène adolescent est un cliché. Le mec un peu je m'en foutiste, le mec qui n'aime pas grand chose, celui qui aime bien se donner un genre. Le mysterious brooding dream boy est parfois un sale con déguisé, parce qu'il a de la culture, parce qu'il est intéressant, parce qu'il est vraiment très beau, l'héroïne passe au dessus du fait qu'il est peut être pas forcément honnête, toi aussi t'as remarqué comment on faisait plus facilement confiance aux gens beaux, ben là c'est pareil. C'est comme Lockwood (Lockwood & Co), comme Bo Larson (Miss Dumplin), comme Evan Walker (La Cinquième vague). Je peux encore continuer, mais je pense que t'as compris le principe. C'est pas vraiment un bad boy, mais pas un gentil garçon non plus. Et autant il y a des clichés qui me casse les couilles, autant celui là je ne m'en suis pas encore lassé. Sûrement parce que dans la vraie vie les MBDB je les attire.



Bien qu'étant une réécriture d'un roman du XIXe siècle Songe à la douceur arrive à parler avec une grande justesse d'un sujet qui me passionne et sur lequel je lis absolument tout et n'importe quoi (mais souvent des trucs intéressants): les relations de couple des millennials, la génération Y si tu préfère, ma génération. Parce que je sais pas pour toi, mais je trouve que c'est quand même pas facile tout ça. Aziz Ansari en parle dans son excellent essai Modern Romance. On a tellement changé nos habitudes de "dating" en l'espace d'une vingtaine d'années, que c'est à la fois devenu plus facile mais en même temps plein de complications. Je te laisse lire Modern Romance pour plus de précision, où regarder Master of None, ou regarder le Live at Madison Square Garden d'Aziz Ansari (dispo sur Netflix). Et Clémentine Beauvais décrit tout ça avec une justesse infinie. Clairement, si tu es dans cette âge complètement pourri, si tu es un "jeune adulte", ce roman devrait te plaire.

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, éd. Sarbacane, 15.50

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