jeudi 18 février 2016

Les réactions de mon corps à l'angoisse, Matt Haig et la nécessité de vérifier les failles de sa solitude

Comme beaucoup, je gère assez mal la longueur de l'hiver parisien. On est à peine en février et je suis déjà démesurément fatiguée de la pluie, du froid, le l'absence de ciel bleu, des courtes apparitions du soleil et de la grisaille qui s'est infiltrée jusque dans les gens. Alors j'essaie de retrouver un peu de chaleur et de réconfort dans mes lectures ou dans les films que je vais voir. Début janvier, Solange a annoncé trois séances au cinéma Luminor de son premier long métrage en tant que réalisatrice. Si tu ne connais pas Solange ça va être quitte ou double, peut être que sa voix va t'agacer, que ses manières t'hérisseront le poil, qu'elle ne va pas du tout te parler en fait. Mais moi, Solange me parle, je la trouve très apaisante et ce qu'elle raconte fait écho en moi, elle rassure l'angoissée chronique qui est tapi dans mes tripes.
J'ai une relation très malsaine avec mon Angoisse, je refuse de l'écouter, de régler les problèmes qui la rende plus forte, je l'étouffe, je me bas constamment avec elle et elle finit par faire pression sur mon corps et ne plus du tout être interne, être bien plus visible que cette boule dans ma gorge. Mon Angoisse fait gonfler mes lèvres, comme un œdème allergique, mon Angoisse fait pousser des boutons comme des piqûres d'ortie sur mon corps ou sur mon visage, qui disparaisse au bout de quelques heures, Elle m'empêche de dormir, me fait perdre mes cheveux, bref me pourrit la vie. Heureusement j'ai appris à la gérer, à résoudre les choses qui lui donne du pouvoir, mais en hiver j'ai l'impression que quand je perds des forces elle en reprend. C'est là que Solange intervient, ses vidéos sont rassurante, elles me font comprendre que je ne suis pas la seule à être triste, à être trop sensible, à me poser des questions sur des choses qui n'ont aucun intérêt, à prendre excessivement soin de mes cheveux. Voici deux vidéos qui m'ont particulièrement marquées.





Et du coup Solange a fait un film qui s'appelle Solange et les vivants où ce personnage (car s'en est un) suite à une maladie qui la fait s'évanouir est forcée de sortir de sa solitude et de passer du temps avec des plus au moins inconnus, qui vont la faire se remettre en question sur son introversion et comme tout comme ses vidéos elle fait se remettre en question et ça j'aime bien.

solangeetlesvivants
Solange et les vivants bénéficiera d'une sortie en salle au mois de mars, c'est un petit ovni pour tout le monde et pour personne, essayes de faire un tour sur sa chaîne YouTube avant de faire le grand saut :)

DSC_0005

J'ai déjà parlé de Matt Haig quand je disais mon amour pour son roman Humains (hélium, 2014) mais l'année dernière ce n'est pas une fiction qu'il a publié, mais un récit de vie, une tranche autobiographique d'une période désespérée de sa vie, lorsqu'à 24 ans, finissant ses études en Espagne, repartant en Angleterre trois jours plus tard pour commencer sa vie active il a sombré dans une grave dépression et comment il s'en est sorti. Reasons to stay alive. Je n'ai jamais été dépressive à proprement parler, il y a eu des moments difficiles dans ma vie, mais je n'ai jamais été entrainée au fond du trou, parce que j'arrivais toujours à voir la lumière au bout du tunnel, mais la description de l'angoisse que fait Matt Haig est tout à fait sur le point, je m'y suis retrouvée.Toute personne se débattant avec la dépression devrait lire ce livre. Toute personne ayant eu, ou bataillant encore avec les difficultés du passage à l'âge adulte devrait lire ce livre. Toute personne devrait lire ce livre, ce livre est comme un ciel bleu en plein milieu de l'hiver, comme une couverture réconfortante quand il fait froid, comme une tasse de thé chai chaud placée sur le plexus solaire, comme une séance de yoga un matin d'été, comme arriver en haut d'un sommet après avoir galéré à l'atteindre. Matt Haig est un auteur formidable qui a mis tout son talent d'écrivain au service de cette petite merveille, de ces raisons de rester en vie, et elle sont nombreuses et elles sont justes. Le livre n'a pas encore été traduit, mais je l'espère vraiment car il est de nécessité publique.
Dans son roman Matt Haig fait référence à Sylvia Plath, une poétesse américaine des années 50 qui a aussi dû combattre la dépression (qui lui est tombé dessus pour les même raisons par ailleurs). J'ai eu l'occasion de lire l'unique roman de Sylvia Plath en fin d'année dernière.

 

Sylvia_plath

La Cloche de détresse raconte l'histoire d'Esther Greenwood, lauréate d'un concours de poésie, qui suite à un rejet à l'université tombe dans la dépression et de son parcours à travers le milieu hospitalier des années 50. Ce qui caractérise le plus Esther, et dans lequel je m'étais retrouvé en le lisant est la peur de manquer quelque chose (fear of missing out ou fomo en anglais), cette angoisse exprimée par Sylvia Plath est aussi terriblement actuelle. Voici la citation qui m'a le plus marqué à ce propos.
Je voyais ma vie se ramifier devant mes yeux comme le figuier de l’histoire.
Au bout de chaque branche, comme une grosse figue violacée, fleurissait un avenir merveilleux. Une figue représentait un mari, un foyer heureux avec des enfants, une autre figue était une poétesse célèbre, une autre un brillant professeur et encore une autre Ee Gee, la rédactrice en chef célèbre, toujours une autre l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud, une autre figue représentait Constantin, Socrate, Attila, un tas d’autres amants aux noms étranges et aux professions extraordinaires, il y avait encore une figue championne olympique et bien d’autres figues au-dessus que je ne distinguais même pas. Je me voyais assise sur la fourche d’un figuier, mourant de faim, simplement parce que je ne parvenais pas à choisir quelle figue j’allais manger. Je les voulais toutes, seulement en choisir une signifiait perdre toutes les autres, et assise là, incapable de me décider, les figues commençaient à pourrir, à noircir et une à une elles éclataient entre mes pieds sur le sol.

Finir par ne profiter de rien par peur de manquer quelque chose, être angoissée de mal faire, de mal choisir, de prendre la mauvaise décision, de s'engager dans ce travail plutôt qu'un autre, de dire non à un ami parce qu'on a déjà prévu quelque chose et se demander si on aurait dû accepter, avoir peur de mal faire, de trop ou pas assez en faire, de voir les choses défiler et de perdre le contrôle.

Stop

Il est temps d'arrêter de se faire du mal.

Il est temps de réaliser la puissance de la joie.

La_Puissance_de_la_joie

J'ai commencé cet essai de Frédéric Lenoir et dès les premières pages le propos m'a touché. Il ne s'agit pas dans ce livre d'atteindre le bonheur factice qu'on nous vend à longueur de journée, mais plutôt de réussir à prendre plaisir à vivre et à se satisfaire des petites joies que la vie peut nous apporter. Sur les traces d’Épicure, de Montaigne et même un peu de Rousseau, Frédéric Lenoir disserte intelligemment de la joie de vivre et ça fait plaisir et c'est rassurant et ça donne plein de petites idées pour réussir à rendrre son quotidien plus funky, plus lumineux, plus agréable et plus doux. Ca m'a un peu rappelé la leçon de fin du film Il était temps (About Time en VO, avec Domhnall Gleeson et Rachel McAdams) et Dieu sait si j'aime ce film.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire