dimanche 6 septembre 2015

La rentrée littéraire, le syndrome de l'étudiant en littérature et Broadway Limited

Cette année, et je ne saurai expliquer pourquoi, j'ai beaucoup beaucoup moins lu qu'en 2014.

Et sur les quelques livres que j'ai lu cette année, j'ai trop souvent été déçue.ThomasLavachery

Comprenons-nous bien, j'adore lire, et si avant j'avais plutôt tendance à lire tout et n'importe quoi (et quand je dis n'importe quoi, c'est vraiment tout ce qui me tombait sous la main). J'étais une lectrice compulsive. Depuis que j'ai dû analyser dans les moindre tournure de phrase ce qui fait une histoire et comment elle se construit (notamment dans mon cours d'écriture avec le très enrichissant Thomas Lavachery (auteur entre autres de Bjorn le Morphir, à l'École des loisirs)) j'ai du mal à lire pour lire sans tout analyser, voir la construction, repérer comment l'auteur prépare son lecteur à ce qui va venir ensuite. Et c'est fatiguant.

C'est sûrement pour ça que cette année je n'ai lu que 9 pauvres livres. Le problème étant que lorsque je termine un mauvais livre j'ai peu de motivation pour un commencer un suivant de peur qu'il soit tout aussi mauvais, et lorsque je termine un bon livre j'ai peur de passer au suivant de peur qu'il soit moins bon. Du coup je m'enferme dans des lectures faciles, des prix littéraires en me disant que si ces livres ont été récompensés c'est sûrement pour témoigner de leur qualité (ce qui n'est pas souvent juste) et je suis souvent déçue.
Alors c'est décidé, j'arrête les livres "prescriptions" et je fais plutôt attention à ce que j'aime, ou ce que des vrais personnes me conseillent.

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J'ai lu récemment Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal, qui m'a beaucoup touché et m'a relancée dans ma consommation de livres, alors pour continuer je me suis tournée vers mon auteure favorite, Malika Ferdjoukh et au diable la rentrée littéraire !

Malika Ferdjoukh, c'est ma lecture bonbon, je la savoure, ses histoires sont si minutieusement tissées que je préfère prendre mon temps et apprécier chaque chapitre, apprendre à connaître chaque personnage, revenir en arrière pour mieux saisir quelque chose, plutôt que de tout lire d'une traite. C'est tellement bien écrit, il y a tellement de recherche, d'intertextualité, de références parfois presque cachées, c'est un délice.

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J'ai acheté Broadway Limited à sa sortie en librairie, il y a presque 5 mois de cela et je l'ai entamé il y a seulement une semaine. J'adore retrouver ce microcosme familial qui m'a tant fait apprécier Quatre soeurs.
Le talent de Malika Ferdjoukh vient aussi de son expérience de scénariste, il y a du vivant dans ce qu'elle raconte, on ressent vraiment les choses, on entend le jazz et l’effervescence du Broadway d'après guerre, l'atmosphère à la fois joviale et close de cette pension pour jeune fille ou débarque ce Frenchy au prénom de fille. Ce talent scénaristique, qu'on retrouve aussi dans la formidable et complètement sous-estimée trilogie de Gaia Guasti

[caption id="attachment_101" align="aligncenter" width="150"]vdlm crédit photo : The Shop Around the Corner[/caption]

La Voix de la meute ( Éditions Thierry Magnier) ou bien dans les romans de Guillaume Guéraud (notamment dans Plus de morts que de vivants, chroniqué plus tôt cette année). Ces auteurs qui en deux phrases vous construisent une ambiance où tout vos sens sont convoqués et qui parviennent à vous propulser dans leur imaginaire d'un claquement de doigts, j'ai toujours trouvé ça très impressionnant.

 

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Lorsque je la rencontrait en mars 2014 lors d'une dédicace, Malika Ferdjoukh disait "Il y a de quoi s'amuser, je crois, avec mes familles de papier". Effectivement, on s'amuse avec les différentes pensionnaires de Giboulées, si au début la distinction entre les différentes jeunes filles se fait difficilement, au fil du roman on apprend à connaître chacune individuellement et aucune ne ressemble à l'autre. Je ne sais pas si l'auteur a une favorite parmi ces filles de papier, mais ma préférence va à Hadley.
Lire Broadway Limited par cette fin d'été qui ressemble à s'y mépreendre à l'automne me parait parfaitement indiqué, car c'est à la Toussaint que commence l'histoire de Jocelyn, Page, Chic, Hadley, Manhattan et les autres. L'automne une saison qu'on retrouve souvent dans les romans de Malika Ferdjoukh (Sombres citrouilles, Chaque soir à 11 heures et Enid pour ne citer qu'eux), une saison de tendresses, de thé chaud et de films sous les couvertures mais pas aussi enfermée que l'hiver, une saison où l'on sort ou l'on profite encore, malgré la pluie, malgré le vent, pour les accalmies et le soleil à travers les nuages. C'est exactement le sentiment que laisse Broadway Limited, une envie de retour dans le temps et de folle exploration, avant que ne vienne l'hiver.
C'est important de lire ce qu'on a envie de lire, et pas ce qu'il faudrait lire, ou ce qu'on attends qu'on lise.
Si vous ne l'avez pas encore fait, lisez absolument le premier tome de Broadway Limited, Un dîner avec Cary Grant ( ça ne vous rappelle pas un certain gnome de la chasse d'eau ça?), publié à l'École des loisirs.

2 commentaires:

  1. hello, mais dis donc, je reconnais une certaine photo dans ton article...

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  2. ahah tu sais qu'elle arrive dans les premiers résultats quand tu tape La Voix de la meute dans google images

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