jeudi 3 septembre 2015

John Green, La Manic Pixie Dream Girl et les Paper People

Le thème, la figure, de la Manic Pixie Dream Girl (MPDG) est probablement un des procédé littéraire qui m 'agace le plus dans la littérature jeunesse ou young adult contemporaine (bien qu'elle soit aussi présente dans le cinéma ou les séries mais j'y reviendrais). La MPDG est cette figure féminine, belle, mais pas comme toutes les autres filles un peu mystérieuse, un peu quircky, avec des intérêts qui sortent du commun, qui disparaît (souvent brutalement et pour une raison obscure) au cours du récit, elle est un outil, elle est uniquement là pour mettre en valeur le personnage masculin qui l'îdolatre et qui va changer grâce à elle. La MPDG est sexiste, et pire que ça elle est une astuce, un truc de feignant utilisé à tort et à travers pour faire avancer des textes sans histoires comme cette saloperie de triangle amoureux.

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On l'aura compris, il vaut mieux éviter de me lancer sur le sujet.

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Le premier roman de John Green que j'ai lu était Looking for Alaska (Qui es-tu Alaska, chez Gallimard pour la version française ). L'histoire d'un garçon, Pudge, qui va faire la rencontre de cette fille à la fois belle, pleine de vie et si mystérieuse, Alaska, dans son nouveau lycée. Alaska va disparaître brutalement et Pudge va grandir et apprendre des choses sur lui même en essayant de comprendre Alaska. Le problème avec ce livre, c'est la narration. Pudge est notre narrateur homodiégétique de base, toute l'histoire est vue à travers le prisme de ses yeux. Et personne ne dis à Pudge "écoute mec, Alaska c'était une personne comme les autres, ARRÊTE de la mystifier c'est insupportable !". L'Alaska de Pudge est unidimensionnelle, il ne l'aime pas pour ce qu'elle est mais pour ce l'idée qu'il se fait d'elle, elle n'est pas crédible, elle ne sert qu'à faire avancer l'histoire de Pudge... Du coup, le lecteur lambda qui ne va pas chercher plus loin que le bout de son nez, ne cherche pas à comprendre qu'Alaska se voit sûrement de façon bien différente et bien plus complexe. Le mensonge de la MPDG n'est pas exposé et devient une sorte de fantasme pour le lecteur.
Lorsque j'ai fini Looking for Alaska j'étais énervée, il m'a fallu un temps de réflexion, et une certaine connaissance de John Green, de ses combats féministes et du message qu'il aurait souhaité faire passer, pour ne pas m'énerver sur le livre. En bref Looking for Alaska ne m'a vraiment pas convaincue.

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En commençant Paper Towns (La Face cachée de Margo, chez Gallimard aussi) j'ai eu vraiment peur de retomber dans la même histoire, mais pas du tout, bien au contraire, apprenant de ses erreurs John Green s'applique ici à déconstruire brique après brique le mythe de la MPDG et ça fait plaisir. Quentin est amoureux de Margo Roth Spielgerman, sa voisine et ancienne camarade de jeux, depuis tout petit, les aléas de la vie les ont finalement éloignés mais Q. garde toujours cette fascination pour Margo bien qu'il ne se parlent plus. Un soir Margo entraine Quentin dans une escapade vengeresse avant de disparaître le lendemain matin. Après avoir découvert deux/trois indices, Q. est persuadé qu'il est de son devoir de retrouver Margo.

Au fur et à mesure de ses recherches Quentin va devoir laisser tomber tous les préjugés qu'il avait sur Margo, tous les fantasmes qui avaient créés SA Margo et se rendre compte que Margo n'est pas une paper people, mais une vrai personne, avec bien plus de facettes à sa personnalité qu'il ne l'avait imaginé.
Vous connaissez cette citation où George R.R. Martin, l'auteur de Game of Thrones, répond lorsqu'on lui demande comment ça se fait que ses personnages féminins soient aussi diversifés, il dit " Vous savez, j'ai toujours considéré les femmes comme des personnes".
Et c'est ça que j'ai retrouvé dans Paper Towns, des personnages féminins qui ne sont pas des faire-valoir. La grande qualité de Paper Towns, et c'est important de le signaler je pense, c'est que, bien que Q. soit le héros, les autres personnages ne passent pas à la trappe, ils sont intéressant, ils sont complexes, ils ont leurs qualités et leurs défauts, aussi bien les filles que les garçons et c'est ça qui fait toute la différence et tout l'attrait du livre à mon sens.
Sur le même sujet, un peu plus léger, et je vais peut être me faire lancer des pierres, mais Fiston, ce film qui ressemble à une daube, avec l’insupportable Kev' Adams, que j'ai été obligée de regarder en colo, aborde lui aussi la déconstruction de la "fille de tes rêves, qui au final se révèle être une vrai personne" et ça c'est vraiment intéressant. Comme quoi, on est peut être sur le bon chemin.

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